Deux études récentes permettent d’estimer à 3 à 4 millions le nombre de Français ayant déjà utilisé un test ADN pour rechercher leurs origines ou leur histoire familiale. Un phénomène qui pose une question devenue difficile à éviter : comment adapter la loi à une pratique qui existe déjà ?
Un engouement massif : les chiffres de 2026
Il n’existe évidemment pas de statistiques officielles, et comme les tests restent interdits en France, les entreprises qui les commercialisent ne communiquent pas le nombre de leurs clients français.
Dans tous les débats et témoignages de ces dernières années, on retrouvait toujours les mêmes estimations, recopiées d’un article à l’autre (et que je reprenais également dans mes conférences et formations) : entre 1,5 et 2 millions de français auraient déjà fait un test ADN généalogique, et 100 000 de plus se feraient tester chaque année.
Deux enquêtes récentes mettent en lumière un changement d’échelle spectaculaire.
Une enquête réalisée par l’IFOP pour Geneanet auprès de 1 003 Français révèle que 6 % déclarent avoir déjà réalisé un test ADN à vocation généalogique.
Une seconde étude, réalisée par Ipsos bva pour la Fédération française de génétique humaine (FFGH) auprès de 3 013 personnes (en anglais), indique que 12 % ont déjà commandé un test ADN directement auprès d’une entreprise. Mais ce chiffre comprend plusieurs usages : 5 % pour des raisons généalogiques, 5 % pour des raisons médicales et 2 % pour les deux.
Si l’on exclut les personnes ayant utilisé leur test exclusivement pour des raisons médicales, on arrive donc à 7 % pour un usage généalogique, en incluant les usages mixtes.
Les deux études convergent ainsi vers un même ordre de grandeur : 6 à 7 % des adultes français auraient déjà eu recours à un test ADN pour des raisons généalogiques ou pour rechercher leurs origines, ce qui représente environ 3 à 4 millions de personnes.
Il s’agit bien sûr d’une estimation statistique et non d’un recensement. Mais l’ordre de grandeur est considérable. Et les motivations sont loin de se limiter à la simple curiosité sur ses origines géographiques.
L’enquête Geneanet montre d’ailleurs que 65 % des Français se déclarent favorables aux tests ADN généalogiques et que 22 % envisageraient d’en réaliser un s’ils étaient légalisés.
Le phénomène est donc déjà largement installé dans la population française.
Mon audition à l’Assemblée nationale : derrière les chiffres, des histoires humaines



En mai 2026, j’ai eu l’honneur d’être auditionné à l’Assemblée nationale sur invitation de la rapporteure Mme Natalia Pouzyreff dans le cadre de sa Proposition de loi visant à garantir le droit d’accès aux origines personnelles.
Un moment à la fois fort et émouvant ! Au-delà de mon expertise, j’ai surtout essayé de porter une voix : celle de TOUTES les personnes que j’accompagne depuis plusieurs années. Des femmes et des hommes, aux histoires très différentes : personnes nées sous X, enfants issus de dons de gamètes, personnes à la recherche d’un père inconnu, secrets de famille enfouis depuis plusieurs générations, enfants de la Seconde Guerre mondiale, ou tout simplement celles et ceux qui veulent comprendre d’où ils viennent.
Très souvent, le test ADN n’est pas leur première démarche. Il intervient après des années de recherches dans les archives, de démarches administratives, de questions posées à la famille et trop souvent d’échecs répétés.
Lors de mon audition, j’ai insisté sur un constat qui me paraît essentiel et qui fait le paradoxe français : puisque plusieurs millions de personnes font des tests alors que leur utilisation reste interdite, la question n’est plus vraiment de savoir si cette pratique existe, mais de savoir comment l’accompagner et l’encadrer d’un point de vue humain et technique.
Cependant, cet encadrement doit rester pragmatique. Ce qui fait la réussite d’une recherche, ce n’est pas la simple analyse génétique : c’est l’écosystème. Un résultat ADN ne parle pas seul, il doit être croisé avec des données généalogiques. Les plateformes incontournables reposent sur trois piliers :
- Une base de millions de testeurs (pour trouver des cousins génétiques et estimer les liens de parenté)
- Des arbres généalogiques (pour identifier des ancêtres communs)
- Des outils de communication intégrés (une messagerie sécurisée).
Créer une solution strictement franco-française sans ces trois éléments serait voué à l’échec. Les particuliers continueraient de se tourner vers l’étranger.
La solution la plus réaliste, telle que suggérée dans certains travaux parlementaires, serait d’autoriser des approches partenariales avec un nombre limité d’acteurs internationaux respectant des règles strictes de transparence et de protection des données. Des plateformes résolument orientées vers la généalogie comme MyHeritage (qui possède Filae), AncestryDNA (propriétaire de Geneanet) ou FamilyTreeDNA sont pertinentes, contrairement à d’autres acteurs prenant un virage trop axé sur la santé.
J’ai également rappelé la nécessité d’un accompagnement humain qui combine méthode, écoute et éthique. Ce sont des recherches passionnantes mais qui ne s’improvisent pas et qui nécessitent un accompagnement professionnel à chaque étape. J’ai pu notamment détailler les approches déontologiques que j’ai contribuées à mettre en place au sein de notre profession au sein de l’UPro-G sur tous ces dossier liés à l’ADN : respect absolu de la vie privée, du droit au refus de contact et collaboration avec des professionnels de la médiation familiale.
Derrière chaque demande d’accompagnement, il y a une même réalité : le besoin de comprendre ses origines, et je suis reconnaissant d’avoir pu témoigner de cette réalité de terrain, souvent méconnue des politiques.
Pourquoi la loi doit évoluer


J’ai assisté au colloque « Droit aux origines », organisé à l’Assemblée nationale le 23 septembre 2026. Une journée pour faire entendre des parcours et des expériences variés, et réfléchir ensemble aux moyens de mieux garantir à chacune et chacun l’accès à ses origines.
Associations de personnes nées sous X, adoptées en France ou à l’international, personnes issues d’une PMA, mères de naissances, institutions, chercheurs et professionnels : la diversité des voix représentées a rappelé que les histoires sont différentes, mais que les problématiques et souvent les souffrances se rejoignent.
Les échanges ont convergé vers la nécessité de faire évoluer les lois pour mieux reconnaître et protéger le droit aux origines.
2 propositions concrètes à soutenir :
- la proposition de loi n° 2312 portée par la députée Natalia Pouzyreff, visant à garantir le droit d’accès aux origines personnelles et notamment la légalisation encadrée des tests ADN généalogiques
- la proposition de résolution de la députée Géraldine Bannier, organisatrice du colloque, à faire du droit d’accès aux origines un droit à valeur constitutionnelle
Ces échanges témoignent d’une évolution du débat car l’enjeu n’est pas seulement de légaliser : si la loi évolue, elle devra également fixer un cadre clair en terme de protection des données génétiques, consentement, transparence, information des utilisateurs et accompagnement des personnes confrontées à une découverte familiale inattendue.



